Publié le 16 décembre 2019

Victor Turpaud-Fizzala de la LPO nous parle des mesures environnementales de la LGV SEA

Interview de Victor TURPAUD-FIZZALA, conservateur de la RNR (réserve naturelle régionale) du Marais de la Vacherie et coordinateur du programme Marais Poitevin à la LPO, Ligue de protection des oiseaux.

Comment avez-vous travaillé avec LISEA dans le cadre de la démarche ERC, visant à « éviter, réduire, compenser » l’impact environnemental de la LGV ?

Pendant huit ans, j’ai travaillé avec COSEA puis LISEA sur les mesures d’évitement puis sur la mise en place et l’évaluation des mesures compensatoires. Il s’agissait dans un premier temps d’établir un diagnostic des sites potentiels d’acquisition ou de conventionnement pour s’assurer qu’ils soient adaptés à la biologie des espèces ciblées et que les mesures envisagées apportent une plus-value environnementale à la population locale. L’accompagnement des agriculteurs qui ont conventionné avec LISEA pour consacrer des terres à ces mesures compensatoires a permis de favoriser la cohérence et la complémentarité des mesures ; ensuite nous sommes intervenus sur l’évaluation de ces mesures. Pour l’outarde canepetière par exemple, il était important de s’assurer que le site choisi pour les mesures compensatoires apporte une plus-value par rapport à ce qui existait déjà, qu’il permette de reconquérir de nouvelles zones et un report de population. Une fois évaluée la potentialité du site, nous avons travaillé avec les associations de protection de la nature pour mettre en place des protocoles afin de suivre l’évolution des populations concernées par ces mesures.

Qu’est-ce que cela vous a apporté de travailler sur un projet d’une telle ampleur ?

LISEA s’est rapproché de nous pour travailler sur une échelle de 300 km de ligne, c’était une première. Nous avons fait appel au CNRS-CEBC (Centre national de la recherche scientifique-Centre d’études biologiques de Chizé) pour profiter de leur compétence d’analyse. Cela a aussi été assez formidable pour les associations de se réunir, de travailler en commun sur un projet d’une telle échelle. Certaines espèces, sur lesquelles nous avions déjà de bonnes connaissances, sont suivies depuis longtemps. Pour d’autres, comme les chauve-souris ou certains passereaux, nous avions peu d’inventaires et de protocole de suivi, cela a été plus complexe. Cette démarche va permettre d’améliorer la connaissance biologique de certaines espèces, connaissance difficile d’accès faute de moyens. Aujourd’hui, nous avons des données plus fines sur leur densité, leur évolution et leur biologie, sur l’évaluation des dispositifs vis-à-vis des espèces et des habitats. Donc c’est positif.

Que vous a apporté le travail en collaboration avec d’autres associations sur un tel projet ?

Sur l’évitement, nous avons fait progresser tout le monde. Nous avons tous évolué grâce à cette démarche, cela a généré une émulation importante. Certaines associations sont très spécialisées, d’autres plus généralistes, des experts ont mis en commun leurs connaissances, expériences et expertises. Nous avons pu tester de nouveaux protocoles qui seront de véritables outils pour l’avenir.

Quel bilan pouvez-vous dresser de cette méthode engagée avec LISEA ?

Le réseau APN a exigé beaucoup de COSEA et LISEA, tout comme l’Etat, par rapport à l’historique d’autres projets. Sur ce projet, nous allons très loin, car LISEA est engagé pour 50 ans dans le cadre de ces mesures compensatoires. Les associations de protection de la nature ont collaboré avec LISEA dans le cadre de cette démarche ERC (éviter, réduire, compenser), mais elles restent transparentes, donc les porteurs de projets sont obligés de mettre en place des mesures efficaces. Aujourd’hui, la vigilance est cadrée pour 25 ans.
Le projet a un impact c’est sûr, mais nous avons été très vigilants. Il est toujours possible de dire que ce n’est pas suffisant, mais à partir du moment où cette démarche ERC existe, le mieux est d’être là pour apporter nos compétences et nos savoir-faire pour limiter l’impact au maximum. Nous avons été très exigeants, COSEA et LISEA ont joué le jeu.
Il y aura sûrement des échecs, mais tous les experts de l’Etat, jusqu’aux associations et scientifiques, sont impliqués, ce qui signifie que toutes les compétences utiles sont là : c’est important, il ne suffit pas de mettre de l’argent mais de faire en sorte qu’il soit bien utilisé, au bon endroit, sur les bonnes espèces. C’est un travail sur le long terme, mais à coup sûr nous pouvons déjà affirmer que nous avons amélioré la situation de certaines espèces et habitats, beaucoup de résultats sont déjà très positifs ; sur d’autres espèces, nous attendons encore des résultats.
Globalement, la mobilisation a été telle et les moyens engagés tellement supérieurs à ce qui se faisait avant que c’est déjà positif, c’est même incomparable. Et le fait d’exercer dans un laboratoire sur le long terme reste essentiel : le suivi permanent va clairement faire la différence sur le résultat.
Nous avons franchi un palier important, il est positif que tous les porteurs de projets entrent dans cette transparence. C’est très long certes, mais finalement, cela aboutit.